Publication : Le théâtre de Félix Guattari : une fausse note… ?

Mon article « Le théâtre de Félix Guattari : une fausse note au sein de son parcours philosophique ? » vient de paraître dans la revue Littératures n°65 (2011) : L’irrespect : entre idéalisme et nihilisme (numéro coordonné par Julien ROUMETTE – Toulouse, Presses Universitaires du Mirail)

Extrait : « L’irrespect est d’abord une posture existentielle : Félix Guattari en fait une de ses règles de vie et d’action. Cela se manifeste par une propension à ne jamais être là où on l’attend, par une tendance à ne jamais habiter le centre des choses, mais à en explorer les périphéries, les marges, les refoulés. Comme Gilles Deleuze et Michel Foucault, il se préoccupe de la question du pouvoir dominant et des possibilités de s’y soustraire, afin d’exprimer sa propre singularité. En réaction à une politique de masse, à une communication, à une économie, à une littérature de masse, à des horizons d’attente formatés, Guattari conçoit son oeuvre en élaborant sans cesse des lignes de fuite, qui s’ouvrent vers d’autres horizons. Cette ouverture guide toutes ses actions, aussi diverses soient-elles. Il participe d’abord, dans les années 1950, au fonctionnement de la clinique psychiatrique de La Borde, près de Blois. Cette clinique aux modes de fonctionnement alternatifs a la particularité de soigner l’institution psychiatrique avant de soigner ses pensionnaires. Haut lieu de la « psychothérapie institutionnelle », la clinique rompt avec les pratiques asilaires de l’après-guerre, abolit les mises à l’isolement, l’enfermement systématique, laissant les patients schizophrènes évoluer dans des lieux ouverts, jouissant d’une libre circulation. En 1968, lors de la rencontre des deux philosophes, Guattari apportent ses connaissances du milieu psychanalytique à Deleuze, qui ne le connaît que de l’extérieur. C’est autour de la figure de Freud que vont se dessiner les premières « dynamiques de l’irrespect » qui donnent le ton des livres qu’ils vont écrire ensemble. »


À l’heure où l’on multiplie les appels au respect, il n’est pas inutile de rappeler qu’en art la vitalité créatrice au XXe siècle a plutôt été du côté de l’irrespect : de Jarry aux surréalistes, de Michaux aux situationnistes, on a beaucoup brisé les idoles. Encore faut-il s’entendre sur ce dont on parle : tous les irrespects ne se valent pas. Tout dépend de leur visée. L’irrespect est-il une fin, un jugement qui clôt, ou ouvre-t-il sur autre chose ? Exprime-t-il un nihilisme destructeur qui affirme que rien n’est respectable ? Ou est-il la manifestation d’une forme humoristique d’idéalisme, comme lorsque Romain Gary écrit qu’« il n’y a pas de valeurs concevables sans l’épreuve de l’irrespect » ? En ce sens, irrespect et respect ne sont pas incompatibles : l’irrespect marque la volonté d’apprécier soi-même ce que l’on respecte. Il devient mise à l’épreuve de ce qui doit être respecté.

Ce numéro est consacré à des œuvres littéraires, philosophiques, cinématographiques et musicales manifestant de l’irrespect au XXe siècle. Il propose une réflexion d’ensemble sur la notion, des lectures d’auteurs majeurs (Jarry, Nietzsche, Pia, Sarraute, Gombrowicz, Gracq, Gary, Boudjedra), deux études sur les cinémas iranien (Jafar Panahi) et cubain, et il met en lumière la place originale d’œuvres peu connues (Messac, Martinet, le théâtre de Félix Guattari), voire inédites en français (comme le texte de la cantate satirique de Chostakovitch, Rayok).

Sommaire

Présentation de Julien Roumette
Dossier : L’irrespect : entre nihilisme et idéalisme
La profession de non-foi de Pascal Pia, par Roger Grenier
Une entreprise de déconstruction des autorités du tournant du siècle : les romans d’Alfred Jarry,
par Aurélie Briquet
Deux professeurs d’irrévérence (Sarraute, Gombrowicz),
par Jean-Pierre Martin
Julien Gracq et les diktats culturels : irrévérences choisies,
par Sylvie Vignes
Irrespect et mépris dans la critique nietzschéenne de la morale,
par Yannick Souladié
Le théâtre de Félix Guattari : une fausse note au sein de son parcours philosophique ?,
par Flore Garcin-Marrou
« La hausse des cris » : Romain Gary et l’irrespect carnavalesque,
par Julien Roumette
De l’irrespect. Boudjedra, refus d’hériter et dérision,
Colette Valat
À bas le latin ! Figures de l’irrespect chez Régis Messac,
par Cédric Chauvin
L’impossible respect de soi : Martinet, Jérôme et le jeu de massacre,
par Frédéric Sounac
Jafar Panahi : hors jeu à Téhéran,
Philippe Ragel
Consignes et contournements dans le cinéma cubain,
par Magali Kabous
La musique, sous-texte impertinent dans Rayok de Chostakovitch,
par Jean-Michel Court
Moralités légendaires : Des petits drames d’opéras-comiques,
par Daniel Grojnowski
Une littérature qui a horreur du vide : Jean Giono lu
par Robert Lalonde

ISBN : 978-2-8107-0202-2
23.00 €
252 p.

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