Article : Théâtre et politique. L’idée d’une dé-présentation théâtrale

Politiques de la philosophieLe 2 avril 2015, est sorti mon article « Théâtre et politique. L’idée d’une dé-présentation théâtrale », dans l’ouvrage collectif Politiques de la philosophie chez Gilles Deleuze, dirigé par Adnen Djey, Genève, Metispresses, coll. Champ contre champ, 2015.

Extrait :  »

Dans « Un Manifeste de moins » (Superpositions), Deleuze cartographie ce qui pourrait être, selon lui,  la fonction du théâtre politique – et l’on s’aperçoit rapidement que son point de vue est marginal, en rupture avec ses contemporains. Le théâtre politique auquel Deleuze pense lorsqu’il commente le théâtre de Carmelo Bene – sur lequel il prend appui pour formuler ses propres hypothèses – est un théâtre à même de questionner le pouvoir (tant le pouvoir du théâtre que le pouvoir au théâtre), l’autorité de ses principaux participants (acteur, metteur en scène) et de ses principaux éléments (texte, scène). Ce théâtre « évidemment ne change pas le monde et ne fait pas la révolution [1] ». Deleuze ne croit pas non plus en un théâtre populaire, car il a le défaut intrinsèque de représenter des conflits et des oppositions, ce qui l’enferre dans une représentation de la réalité alors que Deleuze ne pense qu’à faire sortir le théâtre de la représentation en poussant la critique de telle façon que la représentation des conflits est supplantée par une « présence de la variation [2] » continue. S’il reconnaît à Brecht d’avoir tenté de dépasser les contradictions qu’il met en scène en donnant aux spectateurs la possibilité de trouver des solutions pour les résoudre, Deleuze lui reproche précisément ce qui vient : il ne s’agit pas d’apporter des solutions aux conflits mais de sortir de la représentation. Là émerge l’idée d’un théâtre politique deleuzien : « plus actif, plus agressif », où les conflits ne sont pas normalisés par la représentation codifiante, mais intensifs, comme des émergences soudaines d’une variation sub-représentative. Le brechtisme à la française, façonné par les intellectuels comme Barthes, n’est autre chose qu’une « prise de pouvoir sur une part importante du théâtre [3] », de même que le théâtre populaire italien des années 1980 est un « leurre idéologique ». Pour Deleuze, la fonction politique est ailleurs : dans le « travail souterrain d’une variation libre [4] » propre à un théâtre minoritaire. Cette formulation, qui date de 1979, est le fruit d’une maturation et d’un parcours que Deleuze, spectateur et lecteur de théâtre, construit depuis les années 1940.

 

[1] Gilles Deleuze, « Un Manifeste de moins », Superpositions, Paris, Les Editions de Minuit, 1979, p. 120.

[2] Ibid., p. 121.

[3] Ibid., p. 122.

[4] Ibid., p. 123.

 

Table des matières

Avant-propos
Adnen Jdey – 9

1. DE LA MÉTAPHYSIQUE, LA FACE ET LE PROFIL
Gilles Deleuze : une philosophie sans priorité
Pierre Zaoui – 31
De l’expressionnisme en philosophie
Pierre Macherey – 57
Vie et virtualité chez Deleuze et Plotin
Gwenaëlle Aubry – 85
Gilles Deleuze et les deux voies d’une mathématisation de la métaphysique
Jean-Claude Dumoncel – 103

2. DE LA STRUCTURE, POINT-CONTREPOINT
Le Bergson de Deleuze entre existence et structure
Giuseppe Bianco – 127
Deleuze et le portrait et le portrait conceptuel du structuralisme en 1967
Isabelle Ginoux – 145
Gilles Deleuze : du vitalisme contre le structuralisme
François Dosse – 177

3. DU CONCEPT, LA THÉORIE PRATIQUE
Le sens d’une logique du sens
Juan Luis Gastaldi – 205
Deleuze et Wittgenstein
Antonia Soulez – 229
Corps sans organes et logique de la répulsion
Fabrice Jambois – 249

4. DE LA NON-PHILOSOPHIE, ALLER-RETOUR
Gilles Deleuze, le théâtre et sa politique
Flore Garcin-Marrou – 271
La dramatisation entre Gilles Deleuze et Étienne Souriau
Aline Wiame – 293
Politique de la fabulation et paradoxes de la littérature
Jean Bessière – 313

Liste des ouvrages de Gilles Deleuze – 337
Les auteurs – 339

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