Critique – Découvrez Carmelo Bene, le théâtreux qui utilisait le cinéma comme une guillotine…

Témoignage : Festival “Théâtres au Cinéma” de Bobigny
TELERAMA.FR – 2 Avril 2009
LE FIL CINéMADepuis le 20 mars se tient le festival Théâtres au cinéma, consacré à l’œuvre des réalisateurs Marco Bellocchio et du plus rare Carmelo Bene. Un pari audacieux pour le Magic Cinéma, coincé entre le McDo et le parking du Centre commercial de Bobigny 2 (93). Doctorante au Centre de recherche sur l’histoire du théâtre (Paris IV, Sorbonne), Flore Garcin-Marrou a passé le week-end là-bas et nous livre son avis d’experte sur Carmelo Bene.

 

Deux semaines qu’une poignée d’irréductibles cinéphiles et italophiles se retrouve pour ce marathon, qui s’est ouvert par une rencontre avec Marco Bellocchio, venu expliquer sa passion pour les textes théâtraux qu’il a adaptés au cinéma. J’ai pour ma part concentré mes efforts sur la rétrospective Carmelo Bene. Ce trublion de la scène théâtrale underground a posé, dès 1958, les bases d’une vision originale et provocatrice d’un cinéma hétéroclite et séminal. De 1968 à 1973, Bene a filmé de manière convulsive, obsédé par la lumière et les gros plans. Mort en 2002, il laisse derrière lui des films comme Notre-Dame des Turcs, Capricci, Don Giovanni, Salomé, Un Hamlet de moins

Ce dernier, version revisitée du classique shakespearien, sélectionné au festival de Cannes en 1973 (la même année que La Maman et la Putain, d’Eustache, et La Grande Bouffe, de Ferreri), est significatif de son esthétique. Carmelo Bene y campe Hamlet, au costume chamarré et asymétrique, obsédé par son départ imminent à Paris avec sa maîtresse Kate. Ophélie est une bigleuse, coiffée d’une cornette de nonne, occupée à lire seins nus dans une bibliothèque. Le texte original est disloqué, réduit à son essence, chuchoté ou soutenu par une bande-son spasmée où s’enchaînent sans transition Stravinski, Rossini et Wagner (Un Hamlet de moins repasse au Magic Cinéma vendredi 3 avril à 17h).

Samedi dernier, à 21h, après la projection de Richard III, un débat s’est tenu en présence de l’actrice Laura Morante (qui apparaissait dans S.A.D.E. nue sur une assiette avec une feuille de salade dans la bouche), Luisa Viglietti (costumière et femme de Bene) et le traducteur Jean-Paul Manganaro, au sujet de cette “parenthèse cinéma” : cette période où Bene a cinématographié ses mises en scène de théâtre, en bousculant les textes, utilisant le cinéma comme une guillotine, abusant d’une technique de montage à la hache.

Après un témoignage du chef-opérateur de Notre-Dame des Turcs, Manganaro rappelle que le cinéma est devenu pour Bene un vecteur technologique pour inventer de nouveaux procédés au théâtre. Laura Morante, quant à elle, se souvient des conditions de travail difficiles avec le metteur en scène charismatique qui ne répétait que la nuit et aimait pousser à bout ses acteurs. Elle ajoute avec une pointe d’humour qu’elle voudrait créer aujourd’hui l’association des survivants de Carmelo Bene…

Trois événements marquent cette fin de semaine. Vendredi 3 avril, à 20h30, une lecture à deux voix de A boccaperta aura lieu, scénario inédit de Carmelo Bene, avec les deux comédiens Corrado Invernizzi et Jean-Yves Gautier, suivie par la projection de Salomé, de Carmelo Bene. Samedi 4 avril à 20h30, une copie neuve de Notre-Dame des Turcs, de Carmelo Bene, sera projetée, en présence de Lydia Mancinelli, comédienne et Mauro Contini, monteur. Enfin, la soirée de clôture se tiendra le dimanche 5 avril, dès 19h, avec La Nourrice, de Marco Bellocchio, en présence des comédiennes Valeria Bruni-Tedeschi et, sous réserve, de Maya Sansa.

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