Colloque : Quelle pensée de l’être-ensemble ?

Développement de l'être-ensemble dans les arts performatifs contemporainsJe participe au colloque international « Développement de l’être-ensemble dans les arts performatifs contemporains » organisé par Eliane Beaufils (MCF, Université Paris 8) les 8 et 10 décembre 2015.

La question de la communauté a occupé de nombreux philosophes à l’heure de la dispersion des individus et du monde globalisé. Le théâtre et les autres arts performatifs constituent un lieu privilégié pour « être-avec ». Lors de ce colloque, je parle plus précisément du concept d’écosophie de Félix Guattari (Les Trois écologies, Paris, Galilée, 1989) et la conjonction entre art et écologie.

Je partage ce temps de réflexion intitulé « Un être-ensemble écologique ou une écologie de l’être-ensemble ? » avec Frédérique Ait Touati, CRAL-CNRS-EHESS : « Répéter une conférence climatique : quels enjeux ? » et Esther Gouarné, Paris 10 : « Comment être ensemble face au défi climatique ? ».

 

Extrait de la communication :

8 décembre 2015 – Théâtre de la commune, Aubervilliers.

Je voudrais tout d’abord remercier Eliane Beaufils de m’avoir conviée à ce colloque et souligner comme il est heureux de retrouver des partenaires de pensée que j’ai toujours plaisir à entendre. Les universités, je crois, ont aussi besoin de construire des temps d’être-ensemble dans la durée. Les attentats du 13 novembre à Paris, la Cop 21 et le résultat du 1er tour des élections régionales sont des épreuves que nous avons dû endurer ces dernières semaines : je ne m’en suis, personnellement, pas remise. En préparant mon intervention, j’ai relu Les Trois écologies de Félix Guattari, texte de 1989, texte limpide, texte de 70 pages qui se lit ou se relit le temps d’une soirée, puis se digère pendant des années. A sa lecture, j’ai été sidérée : ce texte fait déjà le constat de tous ces retours de manivelle environnementaux, politiques et sociaux qui nous affectent aujourd’hui violemment. En 1989, Félix Guattari parlait déjà des catastrophes écologiques telles que Tchernobyl, de la radicalisation de l’Islam, de la montée du Front National… Rien de nouveau donc, en 2015. Ce qui devient cependant effarant est le traitement médiatique de ces questions aujourd’hui : tout est « surprise » ou « choc ». Marine Le Pen est la « surprise » du 1er tour, de même que la coulée de boue hautement toxique, issue de la rupture d’un barrage minier dans l’état brésilien de Minas Gerais, le 5 novembre, qui a atteint l’océan Atlantique après un parcours de 650 km à travers le fleuve Rio Doce, ruinant tous les écosystèmes sur son passage semble avoir été impossible à anticiper… De même, la radicalisation d’une jeunesse désœuvrée semble être aussi une surprise pour une France vieillissante. Mais non ! Tout cela n’a rien de surprenant. Tout cela est en marche depuis bien longtemps. Quand pourrons-nous avoir des réponses politiques dignes ? Au vu des débats sur les plateaux de télévision le soir du 1er tour, cela ne semble pas même effleurer les dirigeants politiques habitués de ces plateaux.

L’ouvrage Les Trois écologies de Félix Guattari part du même constat que celui que nous pouvons faire aujourd’hui, quand nous regardons autour de nous, dans les quartiers que nous habitons : les modes de vie humaines, individuelles ou collectives évoluent dans le sens d’une progressive détérioration. Par exemple, les réseaux de parenté sont réduits au minimum (les liens intergénérationnels manquent, les vieux sont isolés, relégués), la vie domestique est gangrénée par l’omniprésence des écrans dans les foyers, la vie conjugale et la vie familiale subissent les assauts d’une pensée conservatrice qui ne les envisage que dans leur plus simple configuration (je pense aux assauts de la Manif pour tous), les relations de voisinage sont réduites à leur plus simple expression (à Paris, qui connaît ses voisins ?) : tout tend vers une standardisation des comportements. Notre rapport à l’extériorité, qu’elle soit une extériorité sociale, animale, végétale, se trouve compromis. La confrontation avec l’altérité est soigneusement évitée par la mondialisation qui standardise notre mode de vie et de consommation : dans les années 90, on part au Club Med, peu importe dans quelle ville, puisque le village de vacances est identique. Aujourd’hui, ce sont les centres villes qui présentent le même visage, le même écosystème de boutiques (dans le quartier Montorgueil, des banderoles installées par les habitants du quartier protestent contre l’établissement d’un énième Mcdo).

Cette détérioration de notre environnement social, affectif, urbain pose évidemment des questions politiques, que les politiques ont du mal à affronter. Et c’est à partir de ces constats que Félix Guattari propose le concept d’écosophie, qu’il envisage comme une réflexion qui se noue à l’articulation de 3 registres écologiques : 1/ une écologie environnementale, 2/ Une écologique sociale (des rapports sociaux), 3/ une écologie mentale (de la subjectivité humaine). La question posée est : comment vit-on sur notre planète – à l’heure où l’industrialisation, le chômage, l’accroissement démographique, les flux migratoires, le désœuvrement, les ségrégations, les hiérarchies, les plafonds de verre sont vécus intensément… ?

(…)

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