Colloque : Le théâtre comme creuset de l’Image spirituelle de Maeterlinck à Beckett.

Je participe au colloque international : « Le discours mystique dans la littérature et les arts de la représentation de la fin du XIXe siècle à nos jours » qui se tient du mercredi 16 au vendredi 18 novembre, à l’université de Toulouse-le-Mirail. Responsable scientifique : Lydie Parisse.

J’interviens le jeudi 17 novembre, au sein du panel : « Processus créateur et dramaturgies paradoxales », présidé par M. Ghislain Waterlot. Marco BASCHERA (Université de Zurich) parle en premier sur : ‘Mort à la mort’. ‘Mors mystica’ sur scène? ». À propos de L’Acte inconnu de Valère Novarina. Bernard JAKOBIAK (poète) évoque « Mystique et poésie. De la révolte à La Tendresse intacte ». Le sujet de ma communication porte sur « Le théâtre comme creuset de l’Image spirituelle de Maeterlinck à Beckett ». S’ensuit une discussion avec Valère NOVARINA.

Programme complet :  Programme colloque

La notion de « mystique », en tant qu’objet d’étude, est pour le moins paradoxale, car elle ne s’institue pas en domaine du savoir, et cependant, elle renvoie à un champ disciplinaire : celui des auteurs spirituels de la tradition occidentale et orientale des origines à nos jours. Étudier son inscription et son interaction avec la littérature et les arts de la représentation revient à porter un nouveau regard sur la littérature et sur la mystique. Auparavant domaine réservé à la théologie, la mystique apparaît, depuis les études menées à la suite de Michel de Certeau, comme une langue qui parcourt les siècles, les pays et les croyances. Dans le prolongement du Romantisme, le discours mystique fait véritablement son entrée en littérature, dans ou hors du religieux, à la fin du XIXe siècle. Il s’illustre sous diverses formes : dans les figures souvent hétéronymes de l’écrivain (le mage, le guide, le pauvre, le prophète, l’idiot) ; dans la rhétorique et la poétique (une poétique de l’écart, la perte de la fonction référentielle face à un indicible qui serait situé hors de l’oeuvre et qui la justifierait) ; enfin, dans un intertexte mystique souvent clairement revendiqué.

Le colloque s’appliquera à établir des filiations attestées dans la littérature européenne, en examinant les évolutions dans la perception de la mystique depuis la fin du XIXesiècle, époque qui marque une laïcisation du religieux en même temps qu’une position de rupture de l’écrivain fin de siècle. La référence aux auteurs mystiques alimente une mythologie de la figure auctoriale qui se poursuivra dans les avant-gardes, jusqu’à ce que les auteurs mystiques soient perçus comme des poètes permettant de repenser la création littéraire à partir des notions de manque et de dépossession : un manque qui affecte le sujet, le langage, le réel. Les figures du non-savoir sont récurrentes dans la littérature européenne du XXe siècle, de la Félicité de Flaubert, la Mouchette de Bernanos, en passant par le Bartleby de Melville, l’Oblomov de Gontcharov, le Ulrich de Musil. T.S. Elliot, Ungaretti, Hoffmannsthal, Léopardi, Cervantès ne sont pas étrangers à ces préoccupations, et Philippe Jacottet associe l’état premier de celui qui désapprend à celui du poète. Il en est de même pour Samuel Beckett. Enfin, la dépossession est à l’oeuvre dans la littérature épiphanique présente chez Proust, Virginia Woolf, Joyce.

Dans Sade, Fourier, Loyola, Roland Barthes, établissant des liens entre mystique et théâtralité, écrit : « Qu’est-ce que théâtraliser ? ce n’est pas décorer la représentation, c’est illimiter le langage ». Le discours mystique est toujours adressé : il se déroule non pas sur le mode assertif, mais interrogatif. Il s’élabore à partir d’un vide, d’un silence. En cela il est une modalité de la parole et opère des déplacements quand il interfère avec le texte de théâtre en tant que support de la représentation : il définit une poétique de la privation et du manque, il permet une autre approche du processus d’écriture, du personnage, de l’espace-temps, de la relation à la parole, de la relation du sujet à l’objet. À la fin du XIXe siècle, les auteurs symbolistes, tels Villiers de l’Isle-Adam et surtout Maeterlinck, nourris de la lecture des textes mystiques, font de la toute-puissance de l’invisible, et donc du hors-scène, une réalité scénique. Cette dramaturgie paradoxale culmine dans la période dite du « nouveau théâtre », avec la remise en cause les modes de représentation du réel, en lien avec ce que l’on pourrait appeler une forme de théologie négative, très visible, sous des aspects divers, dans le théâtre de Jean Tardieu, de Samuel Beckett, de Valère Novarina, auteurs qui revendiquent une filiation ou un vocabulaire hérité de la mystique. Enfin, dans l’espace européen, le théâtre de Sarah Kane est lié à la problématique de la dépossession, comme dans Manque ou 4.48 Psychose. Même le premier Brecht, celui de Baal et de Hans im Glück, relève de la logique de la perte de soi poussée à l’extrême.

Mercredi 16 novembre 2011.

Spécificité du discours mystique.

Maison de la Recherche, salle D. 29.

14-18h.

Ouverture du colloque par M. Daniel Lacroix, Directeur du Laboratoire PLH.

Présentation de la problématique du colloque par Lydie Parisse.

Figures de la négation et de la dépossession.

Présidente de séance : Lydie Parisse.

Carlo OSSOLA (Collège de France)

Négation et mystique négative dans la littérature du XXe siècle.

15h. Discussion-Pause.

Jean-Yves POUILLOUX (Université de Pau-Pays de l’Adour)

Commencer avec Les Essais.

Valérie DESHOULIERES (Université de Sarrebruck)

Mystique et idiotie. Les Bécasses de Saint Francois. Oblation et ablation dans le franciscanisme et ses représentations de Giotto à Rossellini.

18h-19h30. Fabrique Culturelle, Université de Toulouse le Mirail.

« Fulgurances I »

Lecture de textes de Jeanne Guyon par Sarah Jalabert, regard Catherine Pont-Humbert.

En présence de Valère NOVARINA ( dramaturge, plasticien), qui lira certains de ses textes, en lien avec ceux de Jeanne Guyon.

20h30. Dîner commun en ville.

Jeudi 17 novembre 2011

Fondements anthropologiques, philosophiques et esthétiques.

Maison de la Recherche, salle D. 29.

9h.-12h.

Processus créateur et dramaturgies paradoxales.

Président de séance : M. Ghislain Waterlot.

Marco BASCHERA (Université de Zurich)

‘Mort à la mort’. ‘Mors mystica’ sur scène? ». À propos de L’Acte inconnu de Valère Novarina.

Bernard JAKOBIAK (poète)

Mystique et poésie. De la révolte à La Tendresse intacte.

Flore GARCIN-MARROU (Université de Toulouse le Mirail).

Le théâtre comme creuset  de l’Image spirituelle de Maeterlinck à Beckett.

Discussion avec Valère NOVARINA.

12h-14h. Pause déjeuner. Buffet salle D28.

14-16h.

Influences et filiations au XIXe siècle.

Président de séance : M. Jean-Yves Laurichesse.

Lydie PARISSE (Université de Toulouse le Mirail)

Discours mystique, littérature et théâtre dans le dernier tiers du XIXe siècle. Formes et enjeux.

Patrick MAROT (Université de Toulouse le Mirail)

Discours mystique et négativité dans Oberman de Senancour.

15h. Discussion. Pause.

16-18h.

Littérature et philosophie depuis l’aube du XXe siècle.

Président de séance : M. Patrick Marot.

Ghislain WATERLOT (Université de Genève)

Exprimer la vie absolue. L’expérience mystique comme problème littéraire et philosophique dans l’oeuvre de Bergson.

Tomasz SWOBODA (Université de Gdansk)

Mystique, cécité et discours antioculocentrique dans quelques textes du XXe siècle.

Vendredi 18 novembre 2011.

Phénoménologies de la perception.

Maison de la Recherche, salle D 29.

9h-10h.

Poétiques de l’écart et herméneutique du voir.

Président de séance : M. Marco Baschera.

Michel CAZENAVE (écrivain, poète, philosophe, journaliste)

« Que muero porque no muero », d’Angèle de Foligno à Jean de la Croix en passant par Thérèse d’Avila / Chemins de traverse vers les poétesses surréalistes.

10h. Discussion. Pause.

Amador VEGA (Université Pompeu Fabra à Barcelone)

Esthétique apophatique : Critique de la visibilité et herméneutique du sacré dans l’art contemporain.

11h30-12h30. Pause déjeuner. Buffet salle D28.

12h45. 13h45. Fabrique Culturelle, Université de Toulouse le Mirail.

« Fulgurances II »

Instantanés visuels et sonores sur des textes issus du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, de Disjecta de Samuel Beckett, et du Journal de Léon Bloy.

Suivis d’une lecture théâtralisée  de La Lettre de lord Chandos et la Lettre du voyageur à son retour de Hugo de Hofmannsthal.

Lecteur Yves Gourmelon

Piano Michel Lehmann

14-14h30.

Herméneutique du voir dans les arts plastiques contemporains.

Président de séance : M. Amador Vega.

Sébastien GALLAND (Université de Montpellier III), « L’oeil, l’ange et le corps mystique  dans les visions de Bill Viola ».

14h30-15h30.

Table ronde avec les participants.

Contact

Philippe Marengo – Responsable administratif – Laboratoire PLH- Université Toulouse II- 5, allée Antonio Machado 31058 TOULOUSE CEDEX 9

TÉLÉPHONE : 05 61 50 36 74  / FAX…05 61 50 24 90 / MEL  marengo@univ-tlse2.fr

Responsable : Lydie Parisse
Url de référence :
http://plh.univ-tlse2.fr

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